dimanche 24 février 2013

Un torticolis et une paire de lunettes plus tard

14e jour – Tuxtla Gutiérrez, Chiapa de Corzo et San Cristóbal de las Casas
Vendredi 22 février 2013

Donc j'ai pris une nouvelle fois un bus de nuit. Neuf heures et demie de trajet entre Oaxaca et Tuxtla Guttiérrez en première classe. La première classe, c'est mieux que la seconde classe – le bus était propre, on avait de la place pour les jambes et je pouvais incliner mon siège – mais on y dort tout aussi mal. Je l'ai dit, le bus était bondé et j'avais un type bruyant à côté de moi. Les bouchons d'oreilles n'y ont rien fait, j'ai entendu les coups de sifflet de son jeu de foot pendant encore longtemps. L'être humain n'est pas fait pour dormir dans un bus. Ou alors je suis trop vieux pour ces conneries. Il a fallu un bon moment avant que je trouve le sommeil, en calant mon pull derrière la nuque et en me recouvrant de la tête à la taille de mon coupe vent, pour dormir un peu plus dans le noir et me protéger de la climatisation qui soufflait à fond.

À l'arrivée, pendant que nous attendions que les bagages soient déchargés de la soute, j'ai entamé la conversation avec deux Françaises, Pauline et Adeline, qui occupaient les sièges de l'autre côté du couloir. Nous avions un programme à peu près commun pour la journée mais je ne voulais pas m'imposer alors pendant qu'elles se prenaient un petit déjeuner à la gare routière, je suis parti chercher un bus pour Chiapa de Corzo. Toutefois, en sortant de la gare, je me suis rendu compte que je n'avais plus de lunettes de soleil. Horreur! Malheur! Je suis retourné voir les filles et je leur ai demandé de garder mon sac pendant que je me renseignais pour savoir où était le bus. Un homme au guichet m'a dit que le bus était déjà à l'atelier et m'en a donné l'adresse. C'était à l'autre bout de la ville. J'ai abandonné mes deux camarades et j'ai pris un taxi pour l'atelier des bus. Et me me suis retrouvé à quatre pattes dans le couloir d'un bus vide pour trouver une boite de lunettes. Rien. Déception. Surtout qu'elles étaient quasiment neuves. Soit je les ai laissées à l'hôtel, soit elles sont tombées de mon sac dans le minibus en revenant de Hierve el Agua.

En partant de l'atelier, j'ai demandé par où était le centre, afin de rejoindre l'arrêt des minivans pour Chiapa de Corzo. On ma dit: «tout droit» et «tu peux sauter dans ce bus, là, ça coûte 6 pesos». Oui mais le temps que je mette mon sac sur le dos, le bus était déjà parti. Alors j'y suis allé à pied. Et j'ai eu très chaud. Mais ça m'a permis de découvrir une ville banale de province au Mexique, ses gens qui vont travailler, son Zócalo, etc. Je suis arrivé trois quarts d'heure plus tard dans la rue des minibus et je me suis aussitôt fait klaxonner pour aller à Chiapa. Le trajet a duré un peu plus d'une demi-heure, pendant laquelle un type déguisé en clown a raconté des blagues. J'ai compris la première, qui ne m'a pas fait rire, puis j'ai laissé tomber. De toute façon j'aime pas les clowns (gnagnagnagnagna).

De Chiapa de Corzo, je n'ai vu que la place principale, immense. À peine sorti du bus, un rabatteur d'agence de voyages m'a proposé l'excursion dans le canyon de Sumidero et comme le prix était le même que celui qui était indiqué dans le Routard, j'ai aussitôt accepté. Il m'a conduit de l'autre côté du Zócalo dans une petite boutique, où j'ai tout de suite reconnu les deux sacs à dos de mes camarades de bus françaises. On m'a ensuite emmené en voiture jusqu'à l'embarcadère des lanchas. Avec toutes ces histoires, je n'avais encore rien mangé de la journée alors je me suis pris un petit sandwich rapide avant de rentrer dans l'embarcadère. Là, on m'a dit d'attendre le prochain bateau mais je n'avais pas envie d'attendre je ne sais combien de temps. J'ai fait valoir à la caissière qu'il y avait deux filles qui m'attendaient juste là, dans l'espace d'attente, ce qui n'était pas tout à fait vrai puisque Pauline et Adeline ne m'attendaient pas du tout.

Un peu plus tôt, entre le moment où j'étais descendu du minibus à Chiapa de Corzo et le moment où je suis rentré dans l'agence qui vendait les excursions dans le canyon, je me suis rendu compte que j'avais perdu, outre mes lunettes, ma crème solaire. Je l'avais sortie du sac exprès à l'atelier des autobus pour pouvoir m'en appliquer en prévision du soleil qui tape dans le canyon. Du coup, plus de crème solaire, et pour en trouver dans ce pays où les gens ont la peau sombre et ne jugent pas utile de se protéger du soleil, ce qu'on peut comprendre, il faut bien chercher. On en vendait bien à l'embarcadère mais je n'avais pas assez de monnaie sur moi pour m'en acheter. J'ai raconté cette histoire à Pauline et Adeline, qui ont pris pitié de moi et qui m'ont gracieusement offert de leur en emprunter. Nous sommes entrés dans le bateau, équipés de beaux gilets de sauvetage oranges, puis nous avons entamé notre descente du canyon dans la grosse rivière formée par le barrage édifié en aval.

Le canyon est certes impressionnant mais la balade est un peu monotone, surtout quand on a très envie de dormir. Il m'était arrivé une histoire du même genre il y a une dizaine d'années quand je voyageais en Europe du Nord. J'étais arrivé à Geiranger, en Norvège, après une très courte nuit de bus, et j'avais fait une excursion dans le fjord du même nom sans en profiter vraiment car je m'étais endormi dans le bateau, malgré la magnificence du site. Dans le canyon, il faisait chaud et lumineux et je n'avais plus de crème solaire, ni de lunettes de soleil. Heureusement que j'avais encore mon chapeau. Le tout était de ne pas le perdre, car le bateau avançait vite et le vent avait tendance à faire voler les couvre-chefs. On a appris que les falaises qui se dressaient au-dessus de nous atteignaient une hauteur de près de 1 000 mètres. C'est énorme et, surtout, ce n'est pas vrai. L'altitude du sommet de la falaise la plus haute est de 1 000 mètres et le lit de la rivière se situe à 500 mètres. Quant à notre bateau, il se trouvait à 100 mètres au-dessus du lit de la rivière, ce qui est déjà pas mal, ce qui fait que les falaises se dressaient à 400 mètres au-dessus de nous. Vous avez suivi?

Le plus intéressant et le plus surprenant, parce que je ne m'y attendais pas (oui, c'est le principe de la surprise), ça a été de voir des crocodiles. J'en avais déjà vu un au cours du voyage, lors de notre excursion avec Maryline et Alex dans la lagune de Pie de la Cuesta, mais il était en cage. Les tortues l'utilisaient comme embarcation, c'était amusant... et triste à la fois, parce qu'il était dans un enclos vraiment petit. Là, dans le canyon, les crocos étaient en liberté. Ils n'étaient pas bien vifs, mais c'est dans leur nature. Les deux premiers doraient au soleil sur une pierre qui émergeait de la rivière. Ils étaient énormes. Du suivant, nous n'avons vu que la queue qui rentrait dans l'eau, et le dernier se reposait sur la berge de la rivière. Nous en étions vraiment tout près et c'était très impressionnant. Nous avons vu aussi pas mal d'oiseaux, une grotte qui était bien sûr dédiée à la Vierge de Guadalupe, sainte patronne du Mexique, des cactus qui poussaient à flanc de falaise, la forme d'une tête de pirate dans la roche, une falaise symbolique pour les habitants du Chiapas, devant laquelle les passagers de notre embarcation faisaient la queue pour se mettre à l'avant du bateau et se faire photographier, ainsi qu'une curieuse formation naturelle due à l'écoulement des pluie. En coulant d'une falaise, l'eau a créé des sortes de «voûtes» de végétation qui en ont créé d'autres plus bas et ainsi de suite. De loin, cela ressemble à un grand sapin. Nous avons poursuivi jusqu'au barrage, qui ne fascine guère vu sous cet angle. En revanche, de l'autre côté, il doit être immense.

Au retour, le bateau est revenu à l'embarcadère quasiment sans s'arrêter et je me suis endormi. Au total, la balade dans le canyon aura duré près de deux heures. Une voiture de l'agence nous a ramenés à l'agence et nous avons demandé à faire garder nos bagages encore un petit moment pour pouvoir aller manger. Je voulais emmener mes deux nouvelles camarades de voyage manger dans un restaurant que m'avait recommandé Karl, mais l'une d'elle a pris peur en voyant à l'entrée «menu touristique». Moi, je n'avais pas assez d'argent sur moi pour manger à ces prix, donc nous sommes rentrés à l'agence, j'ai pris des sous dans mon sac à dos et nous sommes allés nous renseigner pour manger dans un resto plus authentique. Adeline a demandé à un gars de l'agence où on pouvait manger avec les Mexicains et c'est justement au restaurant de Karl qu'il nous a dit d'aller. Quand nous lui avons expliqué que nous en venions, il nous a emmenés à autre restaurant qui se trouvait tout près, où nous avons mangé en discutant dans un petit jardin tranquille mais où il faisait très chaud. L'une est kiné et l'autre institutrice et elles viennent de Marseille. Elles voyagent essentiellement en «couch surfing» et attendaient justement des nouvelles d'un contact à Tuxtla ou San Cristobal.

Sans nouvelles de sa part, elles m'ont suivi pour aller à San Cristóbal de las Casas. Ce n'est pas très loin de Chiapa de Corzo, mais aucun transport direct ne s'y rend. Il nous a fallu prendre un des minibus qui retournent à Tuxtla Guttiérez, descendre au bord de la route dans un lieu-dit dénommé Santa Fe, traverser la route par le pont jaune et reprendre une navette venant de Tuxtla. On n'a pas attendu longtemps la navette mais celle-ci était pleine et je suis resté debout dans l'allée centrale pendant toute la durée du trajet, c'est-à-dire un peu moins d'une heure. La route était bonne, heureusement, mais il fallait bien s'accrocher. À mesure que l'on montait ligne droite, on voyait de magnifiques paysages s'étaler au loin. Un Mexicain très bien élevé a proposé son siège aux filles qui m'accompagnaient et, bien qu'elles aient refusé poliment à plusieurs reprises, il a insisté jusqu'à ce qu'une d'elle accepte. S'en est suivie une conversation sur la France, le Mexique et des échanges d'information sur San Cristóbal et les environs.

En descendant du bus, on a tout de suite senti qu'on avait pris de l'altitude. On avait perdu quelques degrés, mais il faisait encore bon. En revanche, dès que le soleil s'est couché, une ou deux heures plus tard, il fallait absolument être en pantalon et en pull. J'ai quitté Pauline et Adeline quelques pâtés de maison après être descendus du bus, car elles cherchaient un cybercafé et moi non. Nous n'avons pas échangé de contacts (je ne voulais pas m'imposer) et nous nous somme dit que nous nous recroiserions peut-être ici ou là. Après tout, ce n'est pas impossible. J'ai marché jusqu'au centre-ville avec mon attirail et je me suis dirigé vers un hôtel recommandé par le Routard, qui m'a redirigé vers un hôtel un peu moins cher mais de très bonne qualité tenu par le même propriétaire. J'étais très fatigué et j'aurais volontiers fait une sieste mais je me suis contenté de prendre une douche pour ressortir aussitôt après – non sans avoir déposé mon linge sale à la réception de l'hôtel pour le faire laver pour le lendemain soir – afin de voir un peu San Cristóbal avant la tombée de la nuit car ce que j'en avais vu en venant m'avait enchanté.

Le ciel était gris mais le soleil bas éclairait bien les façades colorées de la ville, ce qui était particulièrement beau. Mais la ville est de toute façon très pittoresque, tant par son architecture coloniale de maisons basses à un niveau que par les gens qui la fréquentent – habitants, touristes, dont un grand nombre de routards un peu marginaux, et autochtones descendus des villages de montagne pour vendre, vêtus de leurs habits traditionnels très colorés, des produits artisanaux aux touristes. La ville a énormément de charme. Elle fait penser un peu à Oaxaca, mais en plus provinciale et plus détendue. Les rues grouillent de monde et on pourrait presque déplorer le fait qu'il y a trop de touristes. J'ai marché ainsi jusqu'à la tombée de la nuit, puis je suis retourné à l'hôtel un moment me délasser. Peu après, je suis sorti manger dans un boui-boui recommandé par le Routard. Je me suis laissé avoir par ma faim et j'ai commandé un énorme plat de viandes mélangées à manger dans des tacos. Je n'ai pas pu finir, c'était trop énorme, mais c'était très bon.

Après manger, je me suis baladé un peu. Les rues sont animées très tard, dans quasiment tous les bars de l'Andador - la principale rue piétonne de la ville - des groupes jouent de la musique et on croise dans les rues un nombre incalculable de gens qui se baladent la guitare sur le dos. San Cristóbal est vraiment festive. Je voulais raconter ma journée une fois rentré à l'hôtel mais mon antivirus a décidé de faire une mise à jour qui a pris des plombes et qui m'a empêché de travailler sur l'ordinateur. Je me suis endormi sans avoir pu accomplir mon devoir rédactionnel, et ce, malgré des douleurs dans le cou dues à la mauvaise nuit de bus et au fait que mon sac s'est considérablement alourdi depuis que j'ai visité un atelier de tissage et une fabrique de mezcal, et malgré le boucan provenant du bar à côté, qui envoie des décibels de musique boum boum, suffisamment pour en faire profiter tout le quartier, y compris les résidents de l'hôtel.

samedi 23 février 2013

Tapis, mezcal, gros arbre, eau pétrifiée

13e jour – Oaxaca et environs
Jeudi 21 février 2013

Une nuit dans un vrai lit avec les boules Quiès (surtout quand il y a des Français un peu relous qui parlent super fort de l'autre côté de la courette), y'a que ça de vrai! Pas trop le temps d'en profiter, car le départ pour l'excursion était fixé à 10 h 00 et il fallait que je libère la chambre et que je prépare mes affaires pour affronter le bus du soir. En guise de petit déjeuner, j'ai pris au restaurant de l'hôtel des quesadillas, c'est-à-dire des galettes juste fourrées au fromage d'Oaxaca (qu'on pourrait comparer un peu à de la mozzarella), que j'ai beaucoup appréciées.

C'est dommage, la journée avait bien commencé. Le serveur a mis un peu de temps à me rendre ma monnaie et j'ai commencé à être à la bourre. Je suis vite retourné dans ma chambre finir de me préparer, puis j'ai rendu la clé et réservé un consigne pour garder mes affaires, puis j'ai dû reprendre la clé pour récupérer une serviette que j'avais oubliée dans la chambre. J'ai rappelé à la réceptionniste que je n'avais pas réglé ma bière de la veille au soir (encore une question de petite monnaie) et elle m'a dit que j'en devais deux (la deuxième, soit dit en passant, valant moins cher), or j'étais sûr de n'avoir pris qu'une bière. Bon, elle m'a cru sur parole, mais elle a encore dû aller chercher du change je ne sais où pour me rendre la monnaie sur un petit billet. L'heure tournait et moi je trépignais.

L'agence de voyages où j'avais réservé n'était pas loin mais j'y suis allé en me pressant un peu: ce n'est parce que les Mexicains sont systématiquement en retard (dixit Maryline) que moi je dois l'être. Le voyagiste était là, il m'attendait avec un accompagnateur. L'accompagnateur m'a accompagné à une autre agence de voyages, un pâté de maisons (hmm, pâté) plus loin, et m'a confié à un guide. Là, on a attendu une dizaine de minutes. Il commençait à faire chaud, surtout au soleil, et les façades étaient joliment illuminées. J'ai sorti mon appareil photo et là, catastrophe! Ledit appareil photo refuse de remplir la fonction pour laquelle il a été conçu, en l'occurrence, prendre les photos. «Rechargez la batterie», qu'il me dit. Ah oui mais sans chargeur et en train d'attendre un minibus, moi, je ne peux pas recharger la batterie. Ô rage, ô désespoir, ô technologie ennemie. Bien sûr, c'est de ma faute, j'aurais dû charger mon appareil photo pendant la nuit mais j'en veux quand même à la machine, qui, pendant des jours m'indiquait que la batterie était pleine et, deux jours plus tard, me prive de clichés. J'allais passer toute une journée à visiter des sites intéressants et j'allais revenir sans preuves.

J'ai rangé mon appareil et j'ai étudié dans ma tête les options qui s'offraient à moi: rentrer à l'hôtel, demander la clé du casier, sortir le chargeur, charger pendant deux minutes OU prendre le chargeur avec moi et espérer que le minibus soit équipé d'une prise. Trop d'inconnues et logistiquement compliqué. Et alors, j'ai pensé à autre chose: mon téléphone. C'est une bonne chose que les téléphones ne servent plus seulement à téléphoner. La qualité des photos n'est pas géniale et il n'est pas très réactif, mais au moins, la batterie est pleine et ça dépannera bien. Je pensais avoir une mémoire limitée pour les photos mais la résolution étant tellement mauvaise, j'ai pu en prendre près de 70 (soixante-dix ou septante) tout au long de la journée.

Ainsi, j'étais là avec mon appareil photo sans utilité dans l'immédiat et mon téléphone qui allait me sauver la journée photographique à attendre le minivan. À un moment, le guide auquel m'avait confié l'accompagnateur auquel m'avait confié le vendeur de l'agence de voyages m'a pressé de le suivre. Nous sommes montés dans une grosse voiture américaine et je pensais que soit j'étais le seul bénéficiaire de l'excursion, ce qui aurait été un peu triste, soit j'étais en train d'être pris en otage, ce qui aurait été pour le moins fâcheux. En fait, nous allions rejoindre le minibus dans un autre quartier de la ville. Pendant ce temps, mon guide et son chauffeur semblaient avoir une discussion animée sur les fautes courantes à ne pas faire en espagnol et l'accentuation des mots. Le mot «atmósfera», notamment, faisait débat, parce que la plupart des gens disent «atmosphera». Ça m'a fait rire, ça m'a rappelé mes propres discussions avec mon entourage.

Notre voiture a tourné en ville pendant cinq minutes, puis après quelques coups de fil, mon guide est sorti de la voiture en me disant que le chauffeur allait m'emmener au minibus. Les embouteillages étaient nombreux et le chauffeur s'est un peu énervé à faire des demi-tours et à prendre des petites ruelles, avant de me confier, enfin – après être passé entre les mains d'un voyagiste, d'un accompagnateur, d'un guide et d'un chauffeur – à guide-chauffeur du minibus pour la journée, Moises. À l'excursion participaient plusieurs Mexicains d'autres régions, mais aussi un Américain de Phoenix et un couple canadien d'origine allemande et leur amie souffrant de la même condition, tous assez âgés. Ce n'est pas là que j'allais rencontrer de jolies étudiantes danoises mais le petit groupe était néanmoins sympathique.

Juste à la sortie d'Oaxaca, nous nous sommes arrêtés dans la petite ville de Tule, dont la particularité est d'abriter un très vieil arbre – un type de cyprès – de plus de 14 mètres de diamètre. Il serait le plus vieux de son espèce, avec un âge estimé à plus de 2 000 ans. Ce n'est rien comparé à certains séquoias en Californie ou à des oliviers ou des cèdres au Proche-Orient qui auraient jusqu'à 6 000 ans, mais quand on imagine tout ce que cet arbre a pu voir au cours de sa vie, je trouve que c'est impressionnant. Nous avons eu un quart d'heure pour faire le tour de l'arbre (ça prend en réalité bien moins de temps) et, évidemment, laisser un peu d'argent dans les nombreuses boutiques aux alentours.

Ensuite, nous avons emprunté la route panaméricaine – qui part de l'Alaska pour aller tout au sud du continent américain, mais on ne voit aucun panneau indiquant «Alaska» ou «Patagonie», c'est dommage, et d'ailleurs, malgré son nom et son prestige, elle ne ressemble par endroit qu'à un chemin de campagne goudronné – pour nous rendre à la deuxième étape, un atelier de tissage de la laine tenu par une famille. À la base, je voulais que mon excursion de la journée se limite à deux sites: l'arbre et Hieve el Agua, mais je dois dire que j'ai été subjugué par les explications et le savoir-faire du tisserand, un Zapotèque dont le métier se transmet de père en fils. Il nous a expliqué comment préparer la laine et comment la colorer avec des colorants naturels. J'étais comme un gosse en le voyant transformer la cochenille, un parasite blanc du cactus, en rouge simplement en l'écrasant puis en violet en y ajoutant un peu de citron. Plus étonnant encore, les fruits de la grenade, rouge, donc, mélangés à du calcaire créent un colorant vert. Puis il nous a fait une démonstration du métier à tisser. Quelle maîtrise, quelle patience, quel effort physique! Bien entendu, la visite s'est terminée par la salle d'exposition, où l'excursionniste pouvait donner libre cours à ses envies de se libérer de ce qu'il y avait dans son porte-monnaie. Les artisans qui utilisent les colorants naturels sont peu nombreux et j'ai, disons, voulu encourager cette pratique.

Après l'atelier de tissage, il était l'heure de l'apéritif. Ça tombait bien, l'étape suivante, tout près de là, était une fabrique artisanale de mezcal, la gnôle locale. Même genre que la tequila. On a vu les hommes à l’œuvre en train de distiller l'agave et on a eu droit à la dégustation de quatre ou cinq sortes de produits. Le premier était un alcool qui titrait à 60°, puis on est descendu un peu, à 45°, en augmentant l'âge du produit. Tous étaient très bons et, là-aussi, l'alcool aidant peut être de surcroît, j'ai cédé pour un mezcal de qualité. La petite dégustation de mezcal, ça aide à se faire des amis. J'ai pu discuter avec mes camarades de route et notamment avec l'une des Canadiennes-Allemandes, qui parlait très bien le français. Très gentille, elle avait l'air de se plaindre de devoir, pour ne pas voyager seule, supporter son couple d'amis qui étaient un peu moins roots qu'elle, semblerait-il.

Ensuite, nous avons repris la panaméricaine et là nous étions bien en milieu rural. Les paysages sont très beaux dans cette région sèche, on voit des cactus sauvages, des cactus d'élevage et la montagne aux tons d'automne au bout de la plaine bucolique. Nous nous sommes rendus sur le site préhispanique de Mitla. Tout petit, il est néanmoins intéressant pour ses bas-reliefs très bien conservés. De plus, ce site, contrairement à beaucoup d'autres, n'a jamais été abandonné et les indigènes vivent autour du site préservé et ont construit leurs maisons au milieu d'autres ruines. Une belle église, édifiée avec les pierres du site original, se trouve juste à côté et les habitants du village tiennent de nombreux étals de produits artisanaux (là encore, mon porte-monnaie a un peu tiré la gueule). Le tout est très pittoresque et fait de Mitla un site intéressant à découvrir.

Puis vint l'heure de manger. Sans doute acoquiné avec le patron du restaurant, le chauffeur nous a emmené dans une grande cafétéria construite quasiment au milieu de nulle part, destiné exclusivement à l'accueil de groupes de touristes comme nous. D'ailleurs, j'ai recroisé plusieurs personnes que j'avais déjà vues sur des sites plus tôt dans la journée. L'attraction phare du restaurant, c'est son buffet à volonté. Je n'avais pas très faim, mais le buffet n'était pas cher et il permettait de prendre des spécialités locales qu'on pouvait choisir de visu: sauterelles grillées, mole de toutes les couleurs (j'ai apprécié le rouge), viandes grillées. J'ai mangé, sans abus, mais avec des sauterelles, en compagnie de mes nouveaux amis anglophones. L'Américain, qui devait avoir au moins 70 ans, un seul poumon et un appareil auditif, est un grand voyageur; il va presque partout seul et il est même allé en Corée du Nord. Les Canadiens, eux, ont aussi pas mal voyagé. Justement, ils étaient déjà allés à Pamukkale, en Turquie, et pensaient donc qu'ils ne verraient rien de neuf en poussant l'excursion jusqu'à Hierve el Agua. C'est donc là que nous nous sommes quittés mais d'autres touristes sont montés dans notre minibus.

La route, sinueuse, cahoteuse et spectaculaire, vers Hierve el Agua a duré 45 minutes. J'étais du mauvais côté du bus et je ne pouvais pas prendre en photo les superbes panoramas qui s'offraient à nous depuis la route (et il faisait trop sombre en redescendant). Mais sur le site de Hierve el Agua, j'ai eu tout le temps d'en faire d'autres. Si j'ai bien compris, «hierve el agua» signifie quelque chose comme «l'eau qui bout» (boue? bouille? boint? J'ai comme un doute) mais l'eau qui sort des sources est froide. Le site doit probablement son nom au bouillonnement que fait l'eau en sortant de terre. En fait, il s'agit d'eau sulfureuse et calcaire qui a formé de nombreuses petites piscines naturelles et, surtout, des chutes d'eau pétrifiées, qu'on voit un peu plus loin. On m'avait dit qu'on pouvait se baigner dans la plus grande des piscines et c'est pourquoi j'ai pris mon matériel de baignade mais j'ai été le seul à tenter l'expérience. Personne d'autre n'avait même pensé à prendre son maillot de bain. L'eau était un peu fraîche, mais bonne et, seul dans mon bain, je me sentais comme un millionnaire dans ma piscine panoramique. Je me suis séché en allant explorer les autres formations mais c'est dommage qu'on n'aie pas eu plus de temps pour profiter du coin, notamment pour descendre voir les cascades pétrifiées (il y a un chemin) ou aller faire des balades dans la montagne.

Sur le chemin du retour, qui a duré un peu plus d'une heure, j'ai discuté un petit peu avec une jeune étudiante argentine qui parlait français et qui voyageait avec sa cousine qui vit au Mexique. Le minibus m'a déposé devant mon hôtel, je me suis changé, j'ai refait mon sac avec mes nouvelles acquisitions et je me suis installé à une table du restaurant déserté pour commencer le récit de ma journée en sirotant une Corona. Puis je suis allé à pied – une promenade d'un quart d'heure environ – jusqu'à la gare routière, où on embarquait déjà pour Tuxtla Gutiérrez. Le terminal de première classe est vraiment nickel mais ce qu'il manque, c'est un panneau d'affichage qui indique les portes et heures d'embarquement, car les annonces ne sont faites qu'en espagnol et il faut quand même comprendre pas mal pour savoir ce qu'il faut faire.

Le bus n'est pas à la hauteur de mes espérances. Il est beaucoup mieux que le dernier que j'ai pris mais j'envisageais plus de confort. D'ailleurs, une grille vient de se décrocher du plafonnier au milieu du couloir. Et puis il est bourré à craquer. Presque jusqu'au moment du départ, j'ai cru que j'allais avoir les deux sièges pour moi tout seul mais le dernier passager à monter dans le bus est venu s'installer à côté de moi. En plus, j'ai pas de chance, je suis tombé sur le plus lourd de tous. Il joue à un jeu de foot qui produit des bruits stridents de sifflet à tout bout de champ, il commente ses actions ratées et manquées (plus souvent l'une que l'autre) et il a le tic de se curer bruyamment les dents. J'espère que les bouchons d'oreille que j'espère avoir pris avec moi m'aideront à atténuer tout ça.

jeudi 21 février 2013

Oaxaca et Monte Alban

12e jour – Oaxaca / Monte Alban
Mercredi 20 février 2013

Je me disais bien aussi que 140 pesos (une dizaine d'euros) c'était pas beaucoup pour faire les huit heures de bus qui séparent Puerto Escondido de Oaxaca. J'ai rarement passé une aussi mauvaise nuit. Quand j'ai vu le moyen de transport, je me suis dit «Bon, ne préjugeons de rien, si ça se trouve à l'intérieur c'est très bien». Non, l'extérieur préfigurait bien ce qu'était l'intérieur: un autocar vieux et inconfortable. Au Mexique, on réserve sa place à l'avance. J'avais choisi le siège 24, un peu par hasard, or il s'est avéré que c'était le seul qui ne s'inclinait pas, il n'avait pas de compartiment de rangement au-dessus, et en plus, quelqu'un avait réservé la place à côté (alors que tous les gens qui voyageait seuls avaient deux sièges pour eux) et l'accoudoir du milieu avait disparu. Ce dernier petit détail n'aurait pas eu une grande importance si le bus ne parcourait pas à tombeau ouvert des routes sinueuses à travers la montagne, nous bringuebalant sans ménagement dans tous les sens. J'avais mis mon sac à dos et mes chaussures sous mes jambes, donc il fallait en plus que je veille à ce que mes affaires ne partent pas d'un bout à l'autre du bus. J'ai réussi à dormir peu ou prou et quand l'autocar s'est arrêté pour permettre aux gens d'aller aux toilettes et que mon voisin est descendu, j'ai tenté ma chance en allant m'installer sur des sièges inoccupés en espérant que le bus ne fasse pas d'arrêts pour prendre des gens. J'ai déposé mes chaussures et mon sac dans le compartiment de rangement en hauteur et puis je me suis installé tant bien que mal sur les sièges. J'ai dû dormir, mais vraiment pas bien. Les sièges étaient inconfortables, on avait peu de place pour les jambes, et surtout, il commençait à faire très froid. J'ai dû faire un choix entre oreiller et chaleur, parce que mon oreiller, c'était mon pull. Et même avec mon pull sur le dos, j'avais encore froid. Et pour compléter le tableau, j'ai commencé à avoir très mal au ventre une heure avant l'arrivée.

Il y a deux gares routières à Oaxaca: un terminal de première classe et un terminal de deuxième classe, mais je ne savais pas auquel j'arrivais. Vu la gueule de mon bus et du terminal dans lequel il m'avait déposé, je n'osais pas croire que je pouvais me trouver au terminal de première classe. C'est un genre de grand hangar sale, froid et désorganisé. Un petit tour aux toilettes pour comprendre l'ampleur du désastre: moyennant trois pesos, on nous donne 6 feuilles de papier toilette. Il n'y a pas de savon – encore, ça c'est classique – et surtout, pas de chasse d'eau. Il faut prendre un seau et puiser de l'eau dans de grands bidons à l'extérieur. Et je passe les détails sur ce qu'on trouve sur les murs. Une grande expérience.

Je suis allé tranquillement avec mes affaires sur le dos dans le centre-ville – il était sept heures et quelques et la ville était déjà très animée, quoique de moins en moins à mesure qu'on s'éloignait de la gare routière – et je suis allé à la recherche d'un hôtel que m'avait recommandé Karl. À l'emplacement de ce qu'indiquait le Routard se trouvait un autre hôtel qui proposait des prix qui me semblaient trop élevés. J'ai donc opté pour un autre hôtel qui, lui, avait le wifi. Et le prix était beaucoup plus intéressant. C'était parfait. J'ai posé mes affaires, je me suis rafraîchi un peu et je suis allé chercher l'endroit d'où partent les minibus pour le site de Monte Alban. En chemin, on m'a proposé la même excursion mais pour moins cher que ce qui était indiqué dans le guide du Routard. Alors j'ai accepté. Le trajet dure une demi-heure. Si j'avais froid en arrivant à Oaxaca, je n'ai pas regretté de ne pas avoir pris mon sweater en ressortant de l'hôtel. Il faisait très chaud sur la montagne de Monte Alban, à près de 2 000 mètres d'altitude.

Monte Alban est le site d'un centre politique, économique, culturel et spirituel qui a été fondé il y a plus de 2 500 ans. Plusieurs civilisations s'y sont succédées, dont les Olmèques et les Zapotèques. Bien que je l'aie trouvé moins impressionnant que Teotihuacan – il est nettement plus petit et il n'a pas de «pyramides» aussi imposantes – c'est quand même un très beau site. Il y a peu de choses à visiter, selon moi. Les restes sont bien conservés, les édifices se dressent encore haut, mais tout se ressemble un peu et on ne peut pas rentrer ou escalader la plupart des structures. En revanche, celles qu'on peut gravir laissent le visiteur à bout de souffle: comme à Teotihuacan, les marches sont énormes et il faut être en bonne condition physique pour fournir un effort pareil sous un tel soleil de plomb.

On croise beaucoup de Français sur le site. Il me semble qu'ils sont plus nombreux que toute autre nationalité (hormis les Mexicains, qui viennent notamment en excursion scolaire). J'ai justement demandé à un couple de Français de me prendre en photo sur le site. Eux, leur trip, c'était de se prendre en photo en faisant un pas de danse. La fille était danseuse et apparemment, ils se prennent en photo en train de faire un saut sur tous les sites qu'ils visitent dans le monde. Le billet que j'avais pris indiquait que mon retour était à 13 heures, mais en deux heures, j'avais fait le tour en prenant bien mon temps et je suis revenu par le minibus de midi, avec les Français danseurs. Dans le bus, j'ai failli m'endormir après ma nuit calamiteuse, mais j'ai tenu bon.

Pendant ma période d'acclimatation à Mexico, Karl me parlait souvent d'Oaxaca. Quoi qu'il me raconte, il y avait toujours une relation avec cette ville. Il avait dû comprendre quels étaient mes centres d'intérêts, parce que Oaxaca est l'équivalent de Lyon en France pour ce qui est de la gastronomie nationale: c'en est la capitale. Arrivé en ville, je suis allé directement au marché pour déjeuner (pour ma défense, il était 12 h 30 et je n'avais rien pris de la journée, hormis une barre chocolatée à Monte Alban). Dans le premier marché, il n'y avait pas grand chose d'intéressant mais dans celui qui lui fait face, comme d'habitude, une myriade de petits restaurants – des comedores – qui servent plus ou moins tous la même chose. Je me suis assis à un comptoir au hasard et j'ai commandé une des spécialités locales, le mole, un poulet au mole, pour être précis. Si j'ai bien compris, le mole est une sauce – noire, ça j'en suis sûr – à base de réduction de purée de poivrons avec du millet, des oignons et des bananes grillées. Je ne trouve pas ça mauvais mais c'est un peu écœurant au bout d'un moment, selon moi. Peut-être que le rouge est moins écœurant, car plus piquant, mais je ne voulais pas bousculer mon estomac plus que de raison.

Après ce léger repas, je suis rentré à l'hôtel faire une petite sieste, absolument nécessaire pour rattraper mes heures de sommeil. J'ai dû me faire violence pour m'en tirer, sinon j'aurais dormi jusqu'à la nuit tombée et j'aurais été tout décalé, mais j'ai bien dormi deux heures.

Vers 16 heures, donc, je suis sorti de ma chambre et je suis allé me balader dans Oaxaca. En arrivant le matin, je n'avais pas été très emballé par la ville. Plusieurs personnes m'avaient vanté les mérites d'Oaxaca mais moi je ne devais pas être dans de bonnes dispositions pour apprécier la ville. Un peu mieux reposé et avec la lumière de la fin d'après-midi, j'ai beaucoup aimé l'architecture coloniale espagnole et les couleurs des façades peintes. Si on fait abstraction des voitures, on n'a pas trop de mal à s'imaginer ce qu'était Oaxaca il y a cinq siècles. La cathédrale est splendide et relativement sobre de l'extérieur, trop baroque à mon goût à l'intérieur mais très impressionnante tout de même. Dans les rues du centre historique, on peut parfois marcher sans être dérangé par les voitures. Au bout des rues droites, on voit les montagnes qui s'élèvent quasiment à la sortie de la ville. J'ai flâné ainsi pendant un petit moment, tout en observant les gens, beaucoup de touristes et une population locale qui me semble plus «indigène» que dans les autres villes que j'ai visitées, surtout celles de la côte.

Je me suis renseigné pour faire une excursion demain dans les alentours de Oaxaca. J'aurais voulu combiner simplement le site préhispanique de Mitla et le site naturel de Hierve el Agua, mais aucune agence ne semble proposer seulement ces deux sites. Il faut les combiner avec d'autres sites. J'ai aussi trouvé le bureau de vente de billets d'autocar pour prévoir mon départ pour Tuxtla Guttiérez et San Cristobal de las Casas demain soir. Ici, il y a une centrale qui permet de comparer les horaires et les prix pour les différentes compagnies, ce qu'on ne trouve pas forcément dans d'autres villes. J'ai choisi le dernier départ de la journée, étant donné qu'il ne me sert à rien d'arriver trop tôt à Tuxtla Guttiérez vendredi matin, pour des raisons logistiques. Au prix où j'ai payé mon billet (plus de trois fois le prix du billet Puerto Escondido – Oaxaca), j'espère avoir un service de meilleur qualité et réussir à dormir un peu mieux. Au moins, le trajet est plus long, ce qui devrait me laisser plus de temps de sommeil. L'autocar part de la gare routière de première classe, c'est plutôt bon signe.

Mon poulet au mole d'à midi n'ayant pas été très copieux, j'avais déjà faim et j'ai décidé de retourner au marché pour tester d'autres spécialités locales. Mon cousin m'avait recommandé d'essayer les tlayudes, sortes de pizzas sur une grande tortilla craquante, mais ce qui m'intéressait surtout, c'étaient les chapulines, les sauterelles grillées. J'ai été servi, puisque dans le premier comedor où je me suis adressé, quand j'ai demandé s'ils avaient les sauterelles, on m'a dit qu'ils pouvaient me les servir sur une tlayude. Parfait! Donc: une grande galette, du mole, des chapulines, un peu de fromage d'Oaxaca et quelques tranches de tomate et d'avocat, le tout arrosé d'un grand verre de horchata, de l'eau d'orge. J'en suis pas mal content mais j'aurais aimé que les sauterelles soient plus grosses, pour bien les sentir craquer sous la dent. Si j'ai l'occasion, j'essaierai d'en acheter des plus grosses, que je mangerai avec juste un peu de citron. Beaucoup de vielles dames en vendent autour du marché. J'avais pris ça pour des piments. J'ai mangé mon repas en faisant comme tout le monde, c'est-à-dire en regardant la telenovela haletante qui avait l'air de faire l'unanimité dans le secteur des comedores. Tous les postes de télévision la diffusaient et les vendeuses ambulantes et rabatteuses ne reprenaient leur activité qu'aux coupures de publicité.

J'ai terminé mon après-midi en achetant des cartes postales, en les écrivant et en les postant. Efficacité. Et puis je suis retourné dans une agence de voyage pour m'acheter mon excursion du lendemain. Toute la journée à explorer cinq sites différents autour d'Oaxaca.

Je suis rentré à l'hôtel pour raconter ma journée à mon ordinateur, pensant éventuellement sortir après, mais là, alors que j'arrive au bout de mon activité de rédaction (peut-être devrais-je faire appel à un écrivain public, comme on en trouve sur les marchés ici), il est presque dix heures et je crois que mon corps me dit de lui donner un peu de sommeil. Je t'ai entendu, corps, et j'accèderai à ta demande.

mercredi 20 février 2013

Dernier coucher de soleil sur le Pacifique

11e jour – Puerto Escondido
Mardi 19 février 2013

Dans ce pays, il n'y a rien à faire, je me réveille tôt. Que j'utilise des boules Quiès ou non, de toute façon, c'est le soleil et la chaleur qui me réveillent. Toujours est-il que c'est plutôt agréable de se réveiller quand il fait jour et avec le bruit des oiseaux. Et puis ça fait du bien d'avoir un grand lit pour soi tout seul. Je voulais savoir l'heure et le plus simple, c'était de prendre l'ordinateur sur la table de nuit et de l'allumer. Comme je m'étais quasiment endormi la veille sur mon ordinateur en attendant que le wifi fonctionne et que là, ledit wifi fonctionnait, je me suis aussitôt connecté, les yeux encore embués et j'ai pu mettre en ligne mes mises à jour bloguistiques.

Je devais libérer la chambre à midi mais il était encore tôt alors je suis allé faire ce que je n'avais pas fait la veille: nager dans les vagues. En sortant j'ai croisé le réceptionniste qui m'a dit que je pouvais squatter la chambre jusqu'à 13 h, que je pouvais ensuite laisser mes affaires à la réception jusqu'au départ du bus et que je pourrai prendre une douche avant de partir. Vraiment très aimable.

J'ai marché jusqu'à la plage de Zicatela – la très longue plage des surfeurs – car les vagues de la plage qui est en ville ne me plaisaient pas. Dans l'ensemble, les vagues étaient moins belles qu'à Pie de la Cuesta mais je me suis quand même bien amusé. Elles étaient même plus faciles à prendre. Je m'amusais bien mais il fallait que je rentre à l'hôtel préparer mes affaires et libérer la chambre. En chemin, je me suis arrêté dans une agence de voyages pour demander le prix d'un billet d'avion de Merida à Mexico et la gentille dame m'a trouvé un avion quasiment à la même heure pour même pas la moitié de ce que m'avait proposé le monsieur de l'agence de voyage que j'avais vu la veille.

Du coup, dès que j'ai libéré la chambre et mis mes affaires à la réception, j'ai pris ma carte de crédit et je suis retourné dans l'agence de voyages acheter le billet en question. Comme c'était jour de voyage (je prends le bus ce soir), j'ai pris mon téléphone, pour avoir l'heure. À l'agence, au moment de payer, j'ai reçu un sms. Je me demandais qui pouvait bien m'écrire, sachant que les personnes qui veulent suivre mon parcours regardent sur Internet et que les messages venant du Mexique ne passent pas. Eh bien c'était ma banque, qui me donnait un code de confirmation pour le règlement de mon billet d'avion par carte. La classe! Sécurité, j'aime. Heureusement que j'avais mon téléphone sur moi.

Dans l'histoire, je n'avais pas mangé de la journée, parce que le petit déj local ne m'intéresse absolument pas, et j'ai décidé de remonter au marché pour trouver de bonnes choses pas chères. Finalement, je n'ai pas atteint le marché: je me suis arrêté dans un resto recommandé par le Routard en face du marché, où j'ai déjeuné dans une cour ombragée très agréable. J'ai commandé un genre pavé de bœuf mariné qui était très tendre et très bon, accompagné de guacamole, de purée de haricots (je crois), avec des cacahuètes grillées et des tortillas fourrées aux haricots et à l'avocat en hors-d’œuvre. J'avais faim mais j'ai quand même eu du mal à finir ce beau repas roboratif.

Je suis rentré à l'hôtel sous un soleil de plomb en pleine digestion, j'ai pris mes affaires de plage et je suis allé me faire un après-midi plage. Je voulais m'installer un peu plus loin encore pour profiter de vagues un peu plus grosses, mais le maître-nageur insistait pour que les baigneurs ne s'éloignent pas trop, y compris dans les vagues. Je trouvais cela fâcheux et je suis allé lui demander où l'on pouvait se baigner. À condition d'être un bon nageur, m'a-t-il dit, je pouvais aller à l'endroit même où je me trouvais le matin. En gros, là où sa responsabilité n'était pas engagée.

J'ai bien profité des vagues cet après-midi, mais surtout, j'ai fait une bonne sieste au soleil. Et je ne crois pas avoir attrapé trop de coups de soleil, et pourtant, ça cognait! J'ai regardé mon dernier coucher de soleil sur l'océan Pacifique et je suis rentré me préparer pour mon départ. Le réceptionniste est vraiment super sympa, il m'a donné une serviette et du savon pour prendre ma douche, il m'a dit que je pouvais dormir dans le hamac si je le souhaitais et qu'il me réveillerait si nécessaire. Mais j'ai préféré écrire sur mon ordinateur pour profiter du wifi. Un couple canadien est venu me parler alors qu'il rentrait. Très gentils, ils viennent ici depuis 12 ans, dans le même hôtel, et ils ont l'air de très bien connaître le Mexique. Après, j'ai discuté avec une Italienne qui fumait sa cigarette sur le palier de sa chambre.

Avant de partir, je suis allé manger un petit quelque chose dans un resto à côté mais le service était lent, contrecarrant ainsi mes projets de publier mes récits du jour sur Internet.

mardi 19 février 2013

Un peu de calme après le tumulte des grandes villes

10e jour – Puerto Escondido
Lundi 18 février 2013


Les bus de nuit, du moins celui que j'ai pris, sont confortables: on a de la place pour les jambes, on peut presque s'allonger à l'horizontale et la télé ne braille pas. N'empêche que je n'ai pas très bien dormi - l'autocar emprunte une route qui traverse des tas de villages qui accueillent les visiteurs par des ralentisseurs; la vitesse est rarement constante, dans ces conditions, et ça se ressent - et que je suis arrivé très tôt à Puerto Escondido, 7 h 00, et en plus, pas à la gare routière qui se trouve au centre-ville mais à une autre, bien plus excentrée. J'ai tourné en rond pendant dix minutes en réfléchissant à ce que je devais faire, savoir si je restais une nuit à Puerto Escondido, si je prenais directement un taxi pour aller en ville et que je revenais plus tard à ce terminal pour acheter mon billet pour Oaxaca car le guichet qui m'intéressait était fermé, etc. Tout était très confus dans ma tête (plus que d'habitude). J'ai demandé à quelqu'un à quelle heure ouvrait le guichet pour ma compagnie d'autocars et comme je ne devais attendre que trois quarts d'heure, je me suis dit qu'il était tôt et que ce serait le moment parfait pour rattraper mon retard dans la rédaction du journal de bord. À croire que mes vacances tournent autour de ça.

Un peu avant 8 h 00, le guichet a ouvert et j'ai acheté mon billet pour le lendemain soir, puis j'ai sauté dans un taxi qui m'a emmené dans le centre, à l'hôtel dénommé «Le P'tit Hôtel», que j'ai choisi non pas parce qu'il est tenu par un Français qui a participé à la construction du métro de Mexico (dixit le Routard), mais surtout parce qu'il proposait le wifi. Je vous assure que je peux vivre sans wifi, mais j'avais promis à Maryline que je donnerais des nouvelles à mon arrivée, or comme les sms ne passent pas, autant que j'aie une bonne connexion à Internet pour mettre à jour mon blog. Pas de chance, le wifi fonctionne très mal. Impossible de garder une connexion ouverte et, la plupart du temps, impossible de se connecter. Avantage: je traîne moins sur Internet et j'avance plus vite dans mon journal. Désavantage: c'est super frustrant. Néanmoins, l'hôtel est très charmant. Les chambres sont des sortes de petits bungalow très joliment peints et agencés en étages autour d'une piscine. Et puis on est en plein centre-ville, proche de la plage mais pas dans la rue qui borde la grande plage, fréquentée uniquement par les touristes, surfeurs ou non. Ici, on est plus près du Puerto Escondido autochtone, là où vivent les gens, et qui est aussi très animé et plus sympa que cet alignement de boutiques, bars et restos à touristes (où je vais peut-être faire un tour plus tard quand même).

Le réceptionniste m'a recommandé un restaurant pour prendre mon petit déjeuner. J'ai eu du mal à le trouver et en plus il n'avait rien de particulièrement transcendant à me proposer: des œufs, un jus de fruit, un thé (j'aurai appris que «manzanilla» n'a rien à voir avec de la pomme; c'est de la camomille). Ceci fait, je suis allé m'aventurer dans le Puerto Escondido des Mexicains en quête d'une banque. J'ai tourné un moment avant de réussir à m'orienter et heureusement qu'il y a des plans de temps en temps sur les murs, sinon j'aurais été contraint de retourner à l'hôtel prendre la carte de la ville qu'on m'a donnée. J'ai essayé un premier distributeur qui n'a pas voulu me donner d'argent et c'est pourquoi j'ai cherché la banque HSBC, mon amie, la seule qui veut bien me laisser retirer des pesos dans ce pays. Après avoir fait la queue pendant dix minutes car seul un distributeur fonctionnait, je suis rentré dans ma chambre planquer mon fric et faire une petite sieste pour rattraper ma nuit. J'ai eu beaucoup de mal à m'en extirper (la «manzanilla» y était peut-être pour quelque chose) et, pour m'ouvrir l'appétit, je suis retourné en ville pour aller jusqu'au marché, une promenade d'environ une demi-heure, où il semble toujours y avoir un «quartier» des petits restaurants. J'ai compté qu'il devait y avoir environ une quarantaine de petits troquets différents, mais qui servent tous la même chose. J'ai vite fait le tour pour voir s'il y en avait un qui sortait du lot, on m'invitait partout à m'installer à table, et j'ai choisi de m'asseoir là où il y avait le plus de monde. Rien ne me tentait vraiment. Je voulais du poisson grillé mais ils ne semblent pas connaître ça dans ce pays. Quel dommage. J'ai donc commandé un poisson «à la diable» en demandant à ce que ce ne soit pas trop épicé. Car il y a épicé façon moi et épicé façon mexicaine, et on n'est pas vraiment au même niveau. Là c'était parfait. Le poisson n'était pas inoubliable mais à priori, il ne m'a pas rendu malade. À la table à côté, un papy faisait boire de la bière à un enfant en bas âge et tout le monde rigolait. Juste quand je pensais que je venais d'un monde complètement différent où mes amies qui ont fait des enfants veillent à ne pas boire d'alcool pendant la durée de l'allaitement, j'ai vu l'une des cuisinières jeter des regards très désapprobateurs à l'égard de cette famille.

Ce n'est qu'en repartant du marché que j'ai vu qu'il y avait une autre section de restauration où ce qu'ils servaient avait l'air plus intéressant. Peut-être que j'aurai le temps d'y revenir avant de partir. Sinon, il y aura plein d'autres occasions dans d'autres villes. J'avais prévu d'aller voir la plage et de prendre quelques photos d'icelle avant de rentrer à l'hôtel déposer mes objets de valeurs et prendre mes affaires de plage, mais je me suis retrouvé à marcher le long des trois kilomètres de plage, les pieds dans l'eau. Je pensais revenir par la rue principale, celle des touristes, qui longe la plage, mais j'étais allé trop loin et il n'y avait plus de rue à touristes, mais une rue en terre très pittoresque où se trouvaient aussi des étrangers. Et en fait il n'y a pas de rue qui longe la côte aussi loin, si bien que j'ai un peu erré pour rentrer à l'hôtel.

Marcher dans le sable et se perdre dans les rues, ça fatigue, alors je me suis installé dans un bar au bord de la plage et j'ai renoncé à revenir avec mes affaires pour me baigner, car le soleil commençait à être très bas. Je me suis installé au premier étage d'un bar pour boire une bière en observant la plage, puis je suis rentré à l'hôtel prendre une douche et rattraper tout mon retard de rédaction. La connexion à Internet est impossible, ce qui m'agace, mais il faut bien commencer par se sevrer progressivement.

En revenant de ma grosse promenade de l'après-midi, j'avais vu plusieurs agences de voyage. Je suis donc sorti pour me renseigner sur les billets d'avion entre Merida – qui devrait être la dernière étape de mon voyage – et Mexico, parce qu'en bus, c'est quand même 20 heures de trajet. Je n'ai pas retrouvé les deux agences que j'avais vues cet après-midi mais j'en ai vu une autre. Le monsieur derrière son guichet m'a donné un prix bien plus élevé que ce que Karl avait vu sur Internet quand nous avions regardé ensemble mais il est possible que la date approchant, le prix ait augmenté. Je me donne jusqu'à demain pour réfléchir et pour aller voir d'autres agences, mais le prix sera probablement le même. Je suis allé réfléchir à tout cela dans un restaurant au bord de la plage recommandé par le routard et j'ai enfin eu mon poisson grillé, dont je suis très satisfait.